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S’il y a bien quelque chose que l’on aime en voyage, c’est être surpris et il faut dire que ce voyage en Catalogne à la découverte de la Costa Daurada n’a cessé de nous ravir. Cette fois, je vous emmène découvrir Siurana, un charmant petit village perché dans les montagnes de la région du Priorat.
Suirana est un village de bout du monde
Après un bon petit déjeuner, nous prenons la voiture ce matin-là direction la Cornudella de Montsant, nous faisons cette fois route vers Siurana par la C-242. Nous quittons assez rapidement les grands axes pour nous retrouver sur une petite route de montagne, sinueuse à souhait.
On y pratique l'escalade à ses falaises
Au fur et à mesure que nous progressons, l’émerveillement se fait de plus en plus présent face à ces paysages que l’on croirait tout droit sortis des mythiques routes américaines, la verdure en plus.
Je préfère avoir les pieds sur terre ...
La route sillonne au milieu de ces grandes falaises à la terre rouge et nous ne résistons pas bien longtemps à l’envie de nous arrêter pour profiter du paysage et prendre des photos. Au termes de quelque virages en épingles, nous arrivons enfin à l’entrée de Siurana.
Il aura beaucoup de mal à passer cette crête incurvée
Il nous faut laisser la voiture à l’entrée du village et continuer à pied. Le village de Siurana se situe à environ 500 mètres d’altitude et ne compte qu’une trentaine d’habitants à l’année. Il domine la rivière du même nom et est bordé de part et d’autre par la Sierra de Montsant et les montagnes de Prades ce qui en fit un important point de défense lors de l’occupation musulmane jusqu’au 12è siècle.
Au bas du village le lac...
Aujourd’hui, c’est un charmant petit village aux maisons en pierre et aux ruelles étroites qu’il est très agréable d’explorer. Au hasard des ruelles étroites aux murs de pierre, on découvre le superbe point de vue du Saut de la Reine Maure, où se trouve l’église Santa Maria.
De là-haut, la vue panoramique sur les environs est incroyable. Nous apercevons plus bas le lac et le barrage de Siurana et apprécions pendant de longues minutes la vue et le silence qui l’accompagne. Le château de Siurana fut le dernier bastion musulman conquis par les chrétiens en Catalogne, en 1153.
Toutes les maisons du village sont en pierre
La conquête présenta un caractère épique et donna naissance à de nombreuses légendes. Le comte Ramon Berenguer IV (Raymond Beranger) avait repris toute la Catalogne avec ses troupes sauf Siurana. On raconte que la reine maure Abdelàzia plutôt que de tomber aux mains des ennemis, préféra se jeter d’un des plus hauts rochers de la forteresse avec son cheval.
Joli point de vu sur la rivière Suirana
L’histoire se passait en 1153 et aujourd’hui encore le visiteur peut aller au bord du précipice du « Salt de la Reina », littéralement le saut de la reine. On sait que Ramon Berenguer IV , comte de Barcelone, et ses troupes avaient conquis les royaumes taïfas de Lérida sur les rives de l’Èbre, au milieu du XIIe siècle.
L'église sur son éperon rocheux...
Les derniers musulmans de ces terres se réfugièrent dans des endroits escarpés et inaccessibles comme Siurana, entre la chaîne de montagnes du Montsant et les montagnes boisées de Prades. Les vieux murs du château arabe sont les seuls témoins de cette époque de guerres et de conquêtes.
L’ancien château servit successivement de dot aux reines catalanes, de garantie pour des emprunts et même de prison. Dominant la rivière du haut de ses falaises inexpugnables, Siurana a vu tomber les chevaliers de quatre comtes venus pour la soumettre. Son château défendait une frontière infranchissable qui s'étendait du Col de Balaguer à Tamarit de Gaià.
Le Salt de la Reina, c’est ici que la reine maure s’est jeté dans le précipice
Après la chute de Lleida et Tortosa, elle fut le dernier foyer de résistance à la reconquête en Catalogne; elle fut prise en 1153. En 1176 Raymond Beranger III de Provence (Ramon Berenguer IV comte de Barcelone) tenta de conquérir Nice et Gênes avec son frère Sanche.
Nice s’allie avec Pise et ses consuls adoptent la toge pisane. Le comte de Provence/Barcelone organise une expédition punitive « afin de réprimer par un juste châtiment ses sujets niçois ». L’évêque veut rendre la ville, les Niçois refusent et résistent.
Le barrage de Suirana et de Prades
Raymond Bérenger III promet de livrer la cité au pillage; alors qu’il s’avance devant les remparts pour galvaniser ses troupes, un archer niçois l’atteint d’une flèche mortelle. Les assaillants se débandent et se retirent derrière le Var. Le comte étant mort à 30 ans sans descendance, son cousin Alphonse d’Aragon hérite de ses droits.
Le refuge ...
Mais Rilchilde, la veuve de Raimond Béranger épouse le comte de Toulouse qui se proclame comte souverain de Provence; aussitôt la guerre fait rage en Provence; Nice s’allie à Gênes et les consuls refusent la souveraineté des comtes de Provence. C’est à ce moment la que les Savoie interviennent et deviennent les alliés puissant des niçois contre les envahisseurs provençaux et catalans.
Le bar restaurant de Suirana
En observant le précipice qui entoure Suirana, vous devinerez comment elle ne fut pas soumise durant 3 siècles. Siurana, à une heure de notre hôtel coche toutes les cases du village de carte postale. Ruelles pavées, maisons en pierre, vues imprenables sur un lac aux eaux turquoise…
Une trentaine d’habitants y vivent toute l’année dans ce hameau médiéval, terre d’Histoire et de légendes. Mais en haute saison, près de 2 000 personnes s’y pressent chaque jour. Une situation devenue insoutenable pour les habitants. Pour tenter de décourager les visiteurs, la commune a construit un parking « dissuasif » de seulement 200 places.
Le village de Prades
Nous continuons maintenant notre route vers Prades la « ville rouge » aux mille étoiles. Elle a des airs de Collonges la Rouge en Corrèze que j’ai visité dans les années 2000. La route serpente le long de la lisière d’une forêt dense, à travers le paysage pittoresque du Baix Camp, province de Tarragone.
L'église de Prades
On est dans un parc naturel dont la « capitale » est connue sous le nom de Vila Vermella (village rouge) en raison de la couleur de la pierre de ses bâtiments. Prades sent comme un feu de cheminée en hiver, cette odeur caractéristique des villages de montagne que j’aime tant.
Le drapeau catalan
Avec seulement 600 habitants, les jours passent tranquillement et lentement, même si les week-ends, il y a un afflux notable de touristes qui voyagent ici pour profiter du lien avec la nature et des plaisirs de la vie rurale. Son centre historique bien conservé, dont l’aménagement remonte au Moyen Âge, est captivant.
Prades est surnommé le village rouge
Il suffit de se promener dans ses rues pavées, en traversant le Passatge de la Muralla jusqu’à la Plaça de la Pau, en passant sous certaines entrées de la ville comme l’Arc de Ponos. En hommage à ses habitants, le Village Rouge a installé sur les murs des photographies commémorant ses personnages les plus célèbres ou emblématiques, qui font autant partie de la mémoire collective d’une ville que ses maisons, ses ruelles et ses paysages.
Exposition de photos des habitants d'autrefois ..
Le Portal de la Cruz mène au centre névralgique de la ville, cette place à arcades avec plusieurs restaurants. L’hôtel de ville se trouve à l’angle, tandis que l’église de Santa María occupe le centre de la scène.
Le temple principal à voir à Prades, construit en pierre rouge caractéristique, est de style gothique, bien que sa façade sobre s’intègre déjà parfaitement dans la période de la Renaissance. En face se dresse la fontaine de Prades, également réalisée à la Renaissance, en forme de globe.
Un fait curieux : cette fontaine a une jumelle, et elle a été recréée dans le village espagnol de Barcelone, au sein du complexe de Montjuic. On pense que le premier château de Prades avait une origine musulmane, au IXe siècle, alors qu’il s’agissait d’une zone frontalière avec Al-Andalus.
L'identité catalane est trés forte et se retrouve de partout par son drapeau
Ramon Berenguer III, comte de Provence et de Barcelone, conquit ces terres et ordonna leur repeuplement. La charte de population remonte à 1159 et au cours du XIIIe siècle fut établi le comté de Prades, doté d’une vaste étendue de terres et de privilèges comme celui de pouvoir tenir un marché. Le château fut utilisé pendant des siècles. Cependant, il ne reste aujourd’hui que les ruines de ses murs et de l’église de Sant Miquel, adossée à la forteresse.
Plantation de pêchers et d'abricotiers
DIAPORAMA SUIRANA ET PRADES