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Situé au Suquet, quartier historique de Cannes, dans les vestiges du château médiéval des moines de Lérins classé monument historique, le musée des explorations du monde domine la Croisette, la baie et les îles de Lérins.
Vue sur la baie de Napoule et L'Esterel
Depuis 1877, ce musée, l’un des plus anciens de France présente des collections d’art et d’objets d’Océanie, de l’Himalaya, de l'Arctique, un riche fonds d’antiquités méditerranéennes et de céramiques précolombiennes. Aujourd’hui l’exposition temporaire invite à une réflexion sur l’image divinisée de la femme, de la Préhistoire à nos jours, de l’Europe à l’Asie en passant par l’Afrique.
Le Suquet, le vieux Cannes historique
Ishtar/Innana, Isis, Vénus, Kali ou Lilith ont, de tout temps, inspiré les artistes et ont donné lieu à une multitude d’interprétations. Fertilité, maternité, sexualité, création, destruction, sont autant de sujets abordés dans le parcours de l’exposition, témoignant de la pluralité du pouvoir féminin.
Cannes et les collines de la Californie
Entre mystère et fascination, cette exposition met en lumière des représentations puissantes, oscillant entre ombre et lumière, douceur et force. Déesses protectrices, démons envoûtants ou figures mythiques intemporelles, les œuvres exposées interrogent notre rapport au sacré, au féminin et à l’imaginaire collectif.
Eglise de Notre Dame de l'Espérance au Suquet
L’exposition se déploie dans six salles du Musée, permettant un parcours à travers le temps: la naissance des figures féminines; le féminin dévoilé; Ishtar, Inanna et les puissances hybrides; Isis, mère protectrice et figure universelle; Aphrodite/Vénus: puissance du désir; fascination, orientalismes et figures démoniaques; féminismes, spiritualités et réinventions.
Cannes, le musée de la Castre au Suquet
En parcourant cette exposition, nous explorons un univers artistique riche en symboles, où l’art dialogue avec les mythes et les croyances à travers les époques. Tout au long de l’histoire humaine, la distinction entre déesses et démonesses n’a jamais été particulièrement nette.
Ange ou Démon ? Italienne ou Française ?.... la scelta è tua
La même figure qui accorde la fertilité peut aussi provoquer la peste; la divinité invoquée pour la protection lors de l’accouchement peut tout aussi bien détruire des armées. A Cannes on examine cette ambivalence fondamentale à travers près de 100 œuvres couvrant 25 000 années d’imagination humaine.
Demone surement ! ......
En commençant par les plus anciennes figurines sculptées lorsque l’homme a commencé à créer délibérément de l’art, et en concluant par des artistes contemporains s’attaquant aux mythologies héritées, le parcours montre comment les sociétés ont visualisé le pouvoir féminin.
Collections d’archéologie méditerranéenne (Égypte, Grèce, Rome), d'ethnologie et d'arts premiers (Himalaya, Océanie, Amériques, Asie)
Six sections thématiques sur 200 mètres carrés révèlent comment la forme féminine a servi de support pour les plus profondes espérances et les plus grandes terreurs de l’humanité, un sujet particulièrement adapté à une institution fondée sur des principes d’exploration interculturelle.
En haut: Aphrodite (ou Vénus pour les Romains) et Lilith la mère des démons
L’exposition s’ouvre sur les plus anciennes représentations sculptées du corps féminin, notamment les figures gravettiennes et la célèbre « Vénus de Montpazier », à peine plus grandes qu’un pouce, et taillées dans la limonite il y a 25 000 ans par des chasseurs de mammouths qui parcouraient des terres de l’Atlantique à l’Oural.
Akwaba et Dzivaguru déesses africaines du Zimbabwe
Ces œuvres, souvent réduites à des symboles de fertilité, révèlent une complexité interprétative qui fait encore l’objet de débats. Des prêts de la République de Serbie, notamment des figurines néolithiques de la culture Vinča qui n’ont jamais été exposées en France, enrichissent cette introduction en illustrant la diversité des pratiques rituelles entourant la maternité et l’accouchement.
En haut: Delphine Diallo propose une vision mystique de « Mère Terre »
la section antique montre la continuité des figurines féminines en terre cuite, souvent magiques, portant ou allaitant un enfant, témoignant de croyances millénaires concernant la protection maternelle et la fertilité. Les figurines de femmes accroupies, souvent interprétées comme des protectrices de la grossesse ou des porte-bonheur, révèlent le pouvoir symbolique du corps féminin, entre protection et magie.
Masques Yoruba
Interprétées comme des talismans protecteurs, des objets apotropaïques ou des symboles de fertilité, elles incarnent une dimension intime et puissante du corps féminin, parfois protectrice, parfois magique.
En haut: Lamia est une démone qui dévorait les enfants et séduisait les hommes et Lilith la reine des succubes
La traversée se poursuit en Mésopotamie, au cœur de l’une des plus anciennes traditions religieuses du monde. Inanna/Ishtar apparaît ici comme une déité paradoxale : déesse du désir, de la sexualité et de l’érotisme, mais aussi de la guerre, de la royauté et du pouvoir.
Une coupe d’incantation rare, empruntée au Musée des explorations du monde, présente la figure énigmatique de Lilith, révélant une ambivalence fondamentale dans les représentations, entre démon et femme en travail. Isis occupe une place centrale dans l’imagination égyptienne: épouse dévouée, mère protectrice et magicienne capable de ramener les morts à la vie, elle incarne un idéal du pouvoir féminin.
Jane Graverol revisite la figure de Vénus sur son tableau
La section examine également la diffusion du culte d’Isis à travers le monde méditerranéen et ses réinventions modernes, notamment au XIXe siècle, lorsqu’elle devint une figure universelle associée à la sagesse, à la nature et au savoir. Cette séquence met en lumière les nombreuses facettes d’Aphrodite (ou Vénus pour les Romains), loin de l’image simplifiée de la « déesse de l’amour ».
En haut: la Venus du Capitole et la divinité Mami Wata (divinité aquatique africaine qui pourrait faire penser à Yemanja au Brésil)
Une divinité du pouvoir érotique, ambivalente, Aphrodite incarne le lien entre le désir, la guerre et l’harmonie sociale. Les impressionnistes et les expressionnistes, tout aussi fascinés par la figure féminine, les suivent rapidement. Leur œuvre montre comment le siècle oscilla entre l’élévation des femmes et la peur de leur supposé pouvoir.
Partout des démones... de l'Afrique à l'Asie, de la France à la Russie. Ca fait peur hein !
Le terme « démone », version féminine de démon, apparaît alors dans la langue française, révélant une imagination particulièrement féconde. Des artistes contemporains et modernes explorent de nouvelles voies : critique sociale, réappropriation des mythes et hybridation des spiritualités.
Figurines néolithiques de la culture Vinča
La figure du démon féminin, au-delà de sa dimension effrayante, fascine et intrigue. Symbole de puissance, de séduction et de danger, elle traverse les siècles et les cultures, façonnant notre imaginaire collectif. Lilith , la première femme d’Adam selon la tradition juive, représente l’archétype de la femme rebelle et indépendante, refusant la soumission et la domination masculine.
Tiâa et Amenhotep
La frontière entre déesses et démons s’avère souvent floue. Certaines divinités, initialement vénérées comme des protectrices, sont devenues des figures maléfiques dans les traditions ultérieures.
Ishtar/Innana déesse de l’amour et de la guerre
Prenons l’exemple d’Hécate, déesse grecque à trois têtes, associée à la magie, aux sortilèges et aux forces occultes. Initialement vénérée comme une protectrice des femmes et des voyageurs, elle a été diabolisée dans la mythologie chrétienne, devenant la reine des sorcières et des démons.
Lamia la démone libyenne des mythes grecs. Lilith, la démone sumérienne reines des succubes, Naamah démone hébraïque de la séduction, Tunrida démone scandinave, Kali, déesse hindoue de la destruction et du pouvoir, a été assimilée à un démon dans certains textes hindous, son image étant associée au chaos et à la mort.
Oeuvre du niçois Gilles Miquelis
Lamashtu, démone mésopotamienne, associe la maladie, la mort et la destruction. La Morrigan, déesse guerrière celtique, prédit le destin et le sort des guerriers. Elle est associée à la mort et aux guerres sanglantes.
Le sabbat de la sorcière
Circe, sorcière grecque, maîtrise les potions et les sortilèges. Elle peut transformer les hommes en animaux, illustrant son pouvoir sur le monde naturel. Les démons féminins, en tant que figures archétypales, reflètent les croyances et les peurs des cultures qui les ont engendrées.
La coupe est pleine
La mythologie occidentale, influencée par la religion chrétienne, a fortement diabolisé les figures féminines indépendantes et rebelles, les associant au mal et à la tentation. Le folklore celtique regorge de légendes sur des fées maléfiques et des sorcières dangereuses, comme la Banshee qui annonce la mort.
La potion empoisonnée
On pourra associer dans cette liste plus contemporaine, certaines prédatrices et femmes fatales comme Mata Hari, Milady de Winter, Lucrèce Borgia, la comtesse Báthory, Messaline, Marie Tudor, Belle Gunness, Mary Ann Cotton, Jiang Qing, Irma Grese, Delphine Lalaurie, Agrippine ou encore la contesse Daria Saltykova.
L'ombre d'une déesse
En retraçant le pouvoir féminin sur 25 000 ans et six continents, les commissaires démontrent que les catégories que nous utilisons pour le genre, la divinité, la protection et le danger évoluent sans cesse : un talisman protecteur devient un démon. Une déesse de fertilité entre en bataille. Ce qui persiste n’est pas une signification stable, mais le besoin humain de projeter un pouvoir immense sur les formes féminines, puis de se débattre sans fin avec ce que signifie cette projection.
Naamah la démone de la séduction
LA LEGENDE DE LA TOUR DU MASQUE DE FER AU SUQUET
La tour d’angle du château dite « Tour du Masque » demeure privée du comte Michel de Lacour, est entourée d’une part de mystère rejoignant la légende. Selon Michel de Lacour, le frère jumeau de Louis XIV, caché sous le fameux masque de fer, se serait réfugié dans la tour après s’être évadé de l’ile sainte marguerite, avant son transfert à la bastille. Mieux, il y serait mort…. à preuve les restes d’un crâne, d’un squelette et d’une cagoule découverts voici une vingtaine d’années dans une oubliette. Le crâne serait l’homologue scientifiquement prouvé de celui du Roi Soleil et le masque de velours celui peint par un artiste de la cour sur un tableau d’époque. A ces troublantes révélations s’ajoutent des apparitions (lumières clignotantes, tètes cagoulées) constatées par les habitant du quartier, associées à des bruits étranges (chuintements, râles, fracas de porte de cave qui s’ouvre sans raison) contribuant à faire de cette tour hantée un lieu de souffrance pour une âme oubliée. Précisons que le propriétaire de la tour a respecté le repos du défunt en laissant les restes dans l’oubliette.
La Tour du Masque
La légende du Masque de Fer veut que celui-ci soit un frère adultérin du roi Louis XIV. Mais peut-être aussi le fils de Louis XIV et de Louise de La Vallière ? Un fils indésirable d'Anne d'Autriche et du Cardinal Mazarin ? Mais l’hypothèse la plus folle est sans doute la suivante : de la liaison du Masque de Fer et d’une Cannoise venue agrémenter sa solitude, serait né un fils. L’enfant aurait été envoyé en Corse et placé chez une dame de confiance ignorant tout de son identité. On lui aurait alors recommandé d’entourer le nouveau-né des meilleurs soins, l’assurant qu’il venait de « Buona-Parté » (de « bonne part »). Une recommandation qui inspira la nourrice, qui le baptisa Buonaparte. Voilà comment la légende venait d’attribuer un arrière-grand-père illustre au futur Napoléon. !
Panorama de la tour sur la baie
DIAPORAMA DES DEMONES